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Carine Yapi :  « Cette expérience au Maroc m’a permis de connaître mon niveau, je peux aller plus loin »

Médaillée d’or au disque et d’argent au poids lors du meeting international de para-athlétisme de Marrakech, l’athlète paralympique Carine Yapi, inscrite dans la catégorie F41 (personnes de petite taille), revient dans cet entretien sur son parcours d’athlète et ses ambitions sportives. Elle encourage les personnes en situation de handicap à pratiquer le sport.

Pouvez-vous nous raconter comment vous avez découvert le para-athlétisme et ce qui vous a motivée à vous lancer dans cette discipline ?

J’étais à l’université pour mon inscription annuelle lorsque j’ai rencontré Freddy Corneille, membre du comité directeur paralympique ivoirien. Il m’a dit : «Est-ce que tu sais que tu peux pratiquer le sport ? » J’ai répondu : « Ah bon ? ». Il m’a expliqué que oui en m’indiquant la discipline sportive que je pouvais faire tu peux faire. Il a commencé à me donner des informations sur la fédération Ivoirienne des Sports Paralympiques, il m’a parlé du mouvement paralympique mondial et m’a montré des photos. Il a fait l’éloge du sport paralympique, et j’ai vraiment été captivée. J’ai donc décidé de me lancer. Je pratiquais à la fois le sport et mes études.

Quels ont été les défis majeurs que vous avez dû surmonter pour atteindre ce niveau d’excellence ?

Je dirais que le principal défi a été de concilier mes études et la pratique du sport. Il était difficile d’aller à l’université tout en m’entraînant. Pendant que j’étais en cours, je faisais également des entraînements en vue des compétitions, mais gérer mon temps était compliqué. Je me suis dit : « Bon, tu es courageuse, tu peux le faire. » Après ma soutenance de master, j’ai décidé de me concentrer davantage sur le sport et j’ai affronté tous les défis qui se sont présentés à moi. Je me suis convaincue que si j’étais parvenue à maîtriser à la fois le sport et les études, je pouvais surmonter tout obstacle.

Comment avez-vous vécu cette compétition à Marrakech au mois d’avril 2025, et que représentent pour vous ces deux médailles (or et argent) ?

Ça s’est très bien passé, grâce à la volonté de Dieu. Je me suis vraiment préparée et je continue de le faire. Je suis ravie d’avoir amélioré ma performance. Je ne me réjouis pas des médailles, même si elles ne constituait pas mon objectif principal. Mes objectifs sont d’améliorer constamment mes performances au lancer de poids et au lancer de disque. Je veux perfectionner ma technique ; les médailles ne sont que des bonus. Je suis contente d’avoir progressé et je sais que je peux faire encore mieux. Cette expérience au Maroc m’a permis de connaître mon niveau et je sais que je peux aller plus loin.

Quel a été le moment le plus intense ou décisif lors de vos épreuves ?

Je crois que c’était lors du lancer du disque. Mes adversaires des années précédentes m’ont tellement sous-estimée qu’ils ne s’attendaient pas à ce que je réalise cette performance. Quand une fille a lancé mieux que moi, j’ai ressenti une grande satisfaction de la voir me battre. Puis, lorsque j’ai réussi mon dernier lancer et que j’ai battu la Marocaine, la joie qui m’a envahie était vraiment intense. Je suis très fière de moi.

Comment s’est déroulée votre préparation pour ce meeting ? Avez-vous adapté votre entraînement spécifiquement pour ces épreuves ?

Je me suis bien entraînée et je continue de le faire. Je suis restée à l’INJS et j’y effectue toujours mes entraînements. Pour éviter les trajets entre mon domicile et mon site d’entraînement, j’ai décidé de rester à l’INJS. Cela me permet de mieux récupérer et de me préparer. Ma préparation à l’INJS m’a beaucoup aidée. Elle ne visait pas spécifiquement le meeting de Marrakech ou d’autres compétitions, car je suis ici pour un objectif très précis. Les différents meetings ne sont que des tests pour moi. Quand il y a un meeting, j’y vais, je fais la compétition, je termine, puis je reviens et je continue de me préparer.

Comment gérez-vous la pression en compétition, surtout dans des moments clés ?

Je me parle à moi-même. J’essaie d’évacuer le stress au maximum. J’essaie de m’amuser un peu, de bavarder et de discuter. Je me dis que, même si je suis en compétition, si je stresse, cela va me nuire. Donc, je m’amuse, comme à l’entraînement. Quand je suis à l’entraînement, j’essaie de m’amuser tout en étant sérieuse. Quand je fais cela, je suis concentrée. Si je mélange un peu d’amusement avec du sérieux, cela m’aide à rester focalisée. En revanche, si je suis trop concentrée, je peux faire des erreurs. C’est ce que je fais en compétition.

Comment voyez-vous l’évolution du para-athlétisme en Côte d’Ivoire ? Quels sont les progrès restants à accomplir ?

Je suis très optimiste et je sais que nous allons porter haut le drapeau ivoirien. Avec cette nouvelle équipe et nos encadreurs, nous réaliserons de grands exploits. Je sais qu’avec le président de la Fédération Ivoirienne des Sports Paralympiques, Trazié Serges Pacôme, qui met tout à notre disposition, la Côte d’Ivoire entendra parler de nous. Nous avons le soutien de notre président. Le para-athlétisme portera très haut le drapeau ivoirien.

Quel message adressez-vous aux jeunes Ivoiriens, notamment ceux en situation de handicap, qui rêvent de faire du sport ?

Mon message aux jeunes Ivoiriens en situation de handicap qui souhaitent faire du sport est simple : venez, ne vous laissez pas décourager. N’ayez pas peur de vous poser des questions comme : « Est-ce qu’on me traitera bien ? Est-ce que je pourrai pratiquer le sport ? » Venez tester, venez vous entraîner. Si des personnes le font à l’étranger, il est tout à fait possible que d’autres puissent le faire en Côte d’Ivoire. Être handicapé n’est pas une fatalité. C’est pour cela qu’il existe le mouvement paralympique. Le paralympisme est destiné aux personnes en situation de handicap. Quel que soit votre handicap, vous pouvez pratiquer le sport. Venez faire du sport et vous verrez que vous pourrez surpasser vos limites.

Qui sont vos modèles dans le sport ou dans la vie ?

Personnellement, je n’ai pas de modèle dans le sport. Mon modèle, c’est moi-même. C’est à moi de redoubler d’efforts pour faire mieux que ces champions. Que ce soit au niveau olympique ou paralympique, mon modèle, c’est moi-même. Je me concentre sur la manière de me surpasser et de m’imposer. En réalité, mon modèle, c’est Dieu et moi-même. Mes prochains objectifs sont de me qualifier pour les Jeux paralympiques.

Quels sont vos prochains objectifs (Jeux Paralympiques, records personnels) ?

Comme je l’ai mentionné précédemment, je ne me prépare pas pour les meetings. Je me prépare pour les Jeux paralympiques, et je serai présente aux Jeux paralympiques de Los Angeles en 2028.

In Intelligent d’Abidjan du 07 mai 2025

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